Interview paru dans le Progrès du 15 janvier 2008

«Rendre moins étrange le malade, c'est favoriser le maintien à domicile»>> Vous êtes le président de l'association Alzheimer Grand Lyon. Un an après sa création, qu'en est-il ?
Dr Lapie : « Nous comptons une cinquantaine d'adhérents, sans compter les sympathisants. C'est une association qui grandit, toujours à l'écoute des familles. Je pense qu'elle répond bien aux demandes des gens aussi bien pour donner des informations pratiques que pour régler les problèmes du quotidien. J'étais récemment au téléphone avec une Villeurbannaise qui ne comprenait pas pourquoi son mari était agressif avec les petits-enfants. Il y a un vrai besoin de parler, de décharger.
>> Qu'attendez-vous du Plan Alzheimer ?
Dans un premier temps, ce Plan est la preuve de la prise de conscience de l'augmentation du nombre de patients. Ensuite, je trouve positif que le rapport Menard préconise de développer le diagnostic le plus tôt possible, par le médecin généraliste. Le « forfait Alzheimer » qui serait créé va dans le bon sens car on ne peut demander à un généraliste d'être réactif s'il n'a ni le temps ni la rémunération pour l'être. C'est la garantie d'un meilleur dépistage de cette maladie dont les premiers signes sont la perte de mémoire. Lorsqu'il y a des problèmes de comportement à l'accueil de jour, on doit pouvoir se retourner vers le médecin traitant.
>> Le Plan préconise également une meilleure prise en charge du patient à domicile.
A mes yeux, l'institution n'est pas la solution à la maladie, c'est plutôt le maintien à domicile, même si cela peut paraître compliqué.
Si un patient peut être aidé par ses voisins, il peut rester à domicile. L'étrangeté fait peur et rendre moins étrange le malade d'Alzheimer, c'est favoriser le maintien à la maison. Aujourd'hui, on ne peut se contenter de critiquer le Plan sous prétexte qu'il ne sera pas financé.
Sur la question de la maladie d'Alzheimer, il n'y a pas de politique de gauche ou de droite, il y a des énergies. »
Propos recueillis par E.B.
Alzheimer Grand Lyon, 14 rue Guilloud, Lyon 3e. Tel. : 06 32 28 34 90 www.alzheimergrandlyon.fr

Articles parus dans le Progrès du 26 Janvier 2007

Alzheimer, une maladie à partager
Présidée par le Dr Alain Lapie, praticien attaché à l'hôpital des Charpennes, la toute jeune association Alzheimer Grand Lyon souhaite associer familles et professionnels au service du malade Elle s'appelle Alzheimer Grand Lyon, mais c'est bien à Villeurbanne que cette association, dont la première assemblée générale, début février, marquera la naissance officielle, trouve son origine.
En effet, parmi ceux qui l'ont créée en juin 2006, figure le Docteur Alain Lapie, qui, à la demande du Pr Paul-Henri Chapuis, médecin chef au sein de l'hôpital des Charpennes, en a accepté la présidence. Le Dr Lapie a récemment fermé son cabinet de médecine générale rue Paul-Verlaine, afin de se consacrer à son activité liée à sa spécialisation en gériatrie, qui l'a conduit à travailler dans des maisons d'accueil spécialisé de l'agglomération (lire par ailleurs). Ainsi, deux semaines avant son lancement officiel, Alzheimer Grand Lyon réunit déjà une douzaine de personnes, dont des médecins gériatres mais pas seulement. L'association revendique une nouvelle approche, ouverte aussi bien au malade et à ses proches qu'à «tous ceux qui s'accaparent la maladie : les bénévoles, les pharmaciens, les généralistes, la société civile en général», explique Alain Lapie. «Alzheimer est une maladie du lien, c'est pourquoi nous ne pouvons nous permettre d'être sectaire, note-t-il. Il existe un fort besoin d'information et de formation des familles, une sorte de pédagogie que n ous, praticiens, pouvons apporter, notamment lorsque le malade reste à domicile. Dans ce cas, les proches peuvent être davantage acteurs que spectateurs». Du lien dans la souffrance
Parmi les rendez-vous que l'association souhaite instituer, la tenue, une fois par semestre, de réunions intitulées «Partage Alzheimer» et consacrées à des problématiques gériatriques. Un temps d'échange essentiel pour les familles, qui souffrent souvent d'isolement. «Derrière le développement du lien entre le malade, ses proches et l'ensemble de la société, il y a ce souhait de passer à la vitesse supérieure dans la prise en charge sociale de la maladie d'Alzheimer», revendique le Dr Lapie. «Une fois que le diagnostic est fait, il est souvent difficile de garder les familles, de les contenir, poursuit-il. Le groupe de parole peut être un moyen de lier ces familles dans la souffrance». Face à l'expansion de la maladie - due au vieillissement de la population mais aussi au développement du dépistage -, Alzheimer Grand Lyon entend agir non seulement pour le soutien des familles mais aussi la reconnaissance du malade en tant que «personne humaine, qui a eu une histoire, même s'il ne peut la formaliser, explique le président. Notre objectif est que les patients dépistés en 2007 ne soient pas dans dix ans aussi diminués que ceux qui sont en institution aujourd'hui».

Emmanuelle Babe
ebabe@leprogres.fr


Une maladie qui provoque le médecin dans ses certitudes
Le Dr Alain Lapie pratique au sein de deux maisons de retraite spécialisées, les Altheas, à Vaulx-en-Velin et Francheville, membres du groupe ACPPA (Accueil et confort pour personnes âgées). Spécialisé en gériatrie, il est également devenu praticien attaché à l'hôpital des Charpennes, après avoir officié comme généraliste dans le quartier des Gratte-Ciel.
Passionné par les maladies démentielles, Alain Lapie définit la maladie d'Alzheimer comme une «maladie de l'étrange, qui provoque le médecin dans ses certitudes. Le patient n'est pas clairement lisible, il garde un vécu interne, psychique qu'il faut aller chercher. Face à ce type de maladie, le médecin doit être humble afin d'aller à la rencontre de ce qui peut être perdu en tant que connaissance mais pas en tant que vécu psychique et affectif». L'expérience aidant, le président d'Alzheimer Grand Lyon estime que le médecin généraliste a un vrai rôle à jouer, dans le dépistage comme l'accompagnement de la maladie. «La question de la prise en charge, médicale et sociale, est complexe car la maladie d'Alzheimer est aux confins de la médecine générale et de la médecine spécialisée, explique-t-il. La maladie peut toutefois être pressentie par le généraliste, mais pour cela il faut une culture, une formation. Les généralistes sont les témoins de l'histoire de leur patient donc les mieux à même de faire l'articulation entre le passé et le présent.»
Emmanuelle Babe